Homélie de Carême du Père Bruno Mary

 

 

 

 

 

5e dimanche de Carême – Evangile de Jésus-Christ selon saint JeanJn 11, 3-7.17.20-27.33b-45 – lecture brève)

En ce temps-là, Marthe et Marie, les deux sœurs de Lazare, envoyèrent dire à Jésus : « Seigneur, celui que tu aimes est malade. »
En apprenant cela, Jésus dit : « Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié. » Jésus aimait Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare. Quand il apprit que celui-ci était malade, il demeura deux jours encore à l’endroit où il se trouvait.

Puis, après cela, il dit aux disciples : « Revenons en Judée. » À son arrivée, Jésus trouva Lazare au tombeau depuis quatre jours déjà. Lorsque Marthe apprit l’arrivée de Jésus, elle partit à sa rencontre, tandis que Marie restait assise à la maison. Marthe dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. Mais maintenant encore, je le sais, tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera. » Jésus lui dit : « Ton frère ressuscitera. » Marthe reprit : « Je sais qu’il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour. » Jésus lui dit : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » Elle répondit : « Oui, Seigneur, je le crois : tu es le Christ, le Fils de Dieu, tu es celui qui vient dans le monde. »

Jésus, en son esprit, fut saisi d’émotion, il fut bouleversé, et il demanda : « Où l’avez-vous déposé ? » Ils lui répondirent : « Seigneur, viens, et vois. » Alors Jésus se mit à pleurer. Les Juifs disaient : « Voyez comme il l’aimait ! » Mais certains d’entre eux dirent : « Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle, ne pouvait-il pas empêcher Lazare de mourir ? » Jésus, repris par l’émotion, arriva au tombeau. C’était une grotte fermée par une pierre. Jésus dit : « Enlevez la pierre. » Marthe, la sœur du défunt, lui dit : « Seigneur, il sent déjà ; c’est le quatrième jour qu’il est là. » Alors Jésus dit à Marthe : « Ne te l’ai-je pas dit ? Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. »

On enleva donc la pierre. Alors Jésus leva les yeux au ciel et dit : « Père, je te rends grâce parce que tu m’as exaucé. Je le savais bien, moi, que tu m’exauces toujours ; mais je le dis à cause de la foule qui m’entoure, afin qu’ils croient que c’est toi qui m’as envoyé. » Après cela, il cria d’une voix forte : « Lazare, viens dehors ! » Et le mort sortit, les pieds et les mains liés par des bandelettes, le visage enveloppé d’un suaire. Jésus leur dit : « Déliez-le, et laissez-le aller. » Beaucoup de Juifs, qui étaient venus auprès de Marie et avaient donc vu ce que Jésus avait fait, crurent en lui.

Méditation évangile du 5e dimanche du Carême

Jn 11, 1-45 : Dieu vient ouvrir nos tombeaux

 

 

Après le don de l’eau vive à la Samaritaine (3e dimanche de Carême), celui de la lumière à l’aveugle de naissance (4e dimanche de Carême), nous continuons à accueillir les signes de Jésus qui peuvent affermir notre foi de baptisés et notre marche vers Pâques. Aujourd’hui, Jésus est confronté à la maladie et à la mort d’un proche : son ami Lazare. A cette occasion, Jésus nous révèle que Dieu vient ouvrir nos tombeaux.

La maladie et la mort d’un proche éprouvent notre humanité : des liens s’altèrent, disparaissent ; nous sentons nos limites et nos fragilités. Notre humanité peut en sortir grandie dans un second temps, mais cela n’est pas automatique.

La maladie et la mort d’un proche éprouvent notre foi et nous pouvons réagir comme les sœurs de Lazare : ‘Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort !’ Pourquoi cette absence que nous ressentons souvent quand nous sommes confrontés à la maladie et à la mort ? 

Que répond Jésus ? 

Il ne fait pas un grand discours. Il a cette attitude surprenante de ne pas se précipiter au chevet de Lazare et de prononcer ces paroles : ‘cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié.’ Il affirme que cette maladie ne mène pas à la mort mais qu’elle peut révéler le dessein de Dieu de libérer l’homme de la mort. Comment ? La suite du récit le révèle

Arrivé à Béthanie, Jésus invite Marthe à devenir croyante. Le mal véritable est de défier Dieu. Jusqu’à présent, elle savait des choses sur Dieu. Mais on peut connaitre des choses sur Jésus, sur Dieu sans croire en lui. Nos connaissances peuvent même nous empêcher d’accueillir Dieu dans la vérité de son être. La foi nait d’une rencontre avec le Dieu vivant. On peut connaître des choses sur Dieu sans croire en lui : les connaissances si elles sont utiles, ne suffisent pas pour être croyant. ‘Crois-tu cela ?’ demande Jésus à Marthe. Croire que Dieu peut nous délivrer de la mort nous permet d’accueillir sa parole. ‘Moi, je suis la résurrection et la vie : celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra’

Car saisi d’émotion par la mort de Lazare et le chagrin de ses proches, ‘Jésus crie d’une voix forte : ‘Lazare, viens dehors !’ Après avoir montré toute son humanité, Jésus révèle sa divinité et accomplit la parole du prophète Ezékiel : ‘je vais ouvrir vos tombeaux et je vous en ferai remonter, ô mon peuple.’ Lazare passe de la mort à la vie. Mais, il a encore les pieds et les mains liés par des bandelettes et le visage enveloppé d’un suaire. Les proches lui retirent ces liens : ils participent à l’oeuvre de vie du Seigneur et annoncent la mission de l’Eglise de prendre part à l’œuvre de libération impulsée par Jésus.

Par le baptême, Dieu nous a sortis du tombeau. Mais, comme Lazare, nous restons blessés et entravés par la mort. Le mal et la mort continuent d’éprouver notre foi. Jésus met sur notre route des frères et des sœurs pour enlever nos bandelettes, nos suaires afin de marcher à sa suite. 

Permettez-moi de conclure avec les mots de la préface de ce dimanche : ‘Le Christ est cet homme plein d’humanité qui a pleuré sur son ami Lazare ; il est Dieu, le Dieu éternel qui fit sortir le mort de son tombeau, par les mystères de sa Pâque, jusqu’à la vie nouvelle’. Qu’ils nous aident à rendre grâce à Dieu. Par le baptême, Dieu nous libère de la mort et nous donne la vie nouvelle : qu’il nous permette à vivre sous l’emprise de l’Esprit afin que nous puissions vivre pleinement avec lui.

 

P. Bruno Mary, curé de la paroisse St Eubert, 29 mars 2020

 

 

Cf chant : A la vie Dieu nous appelle  G 61-69 – Vous en avez les paroles dans ‘Prions en Eglise’ pp 254-255

 

 

 

 

 

 

Homélie 4e dimanche de Carême (A)

 

Siloé – Reconnaitre l’Envoyé

 

Ce nom ‘Siloé’, signifie : Envoyé. ‘Va te laver à la piscine de Siloé.’ C’est à la piscine de Siloé que l’aveugle va se laver les yeux : ‘quand il revint, il voyait’ : que voyait-il ? L’enjeu de cette rencontre entre Jésus et cet aveugle est ce qu’il voit… Que voit-il ?

Dans un premier temps l’aveugle guéri voit l’homme Jésus. Puis, il ne sait pas où il est : il ne le voit plus.  Puis, il dit aux pharisiens qui l’interrogent : ‘C’est un prophète’ c’est-à-dire un homme qui annonce la parole de Dieu, qui parle en son nom. Puis Jésus revient vers lui et l’interroge : ‘Crois-tu au Fils de l’homme ?’ Il répondit ‘Et qui est-il, Seigneur, pour que je crois en lui ?’. Et Jésus se révèle à lui. Il est l’Envoyé ! Celui qui vient sauver le monde.

Lors de notre baptême, nous avons reçu la lumière, la lumière du Christ venu éclairer le monde. Ce chemin de guérison de l’aveugle est le nôtre : de rencontre en rencontre, nous découvrons qui est Jésus et nous apprenons à l’accueillir comme étant l’Envoyé du Père.

Mais dans ce récit, il n’y a pas que l’aveugle guéri et Jésus : il y a les disciples et des pharisiens. Chacun de ces groupes montre une difficulté pour accueillir l’Envoyé qu’est Jésus. Les disciples interrogent Jésus : ‘qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ?’. Ils relient handicap et péché. Comme eux, nous pouvons faire ce lien : ‘qu’ai-je fait au bon Dieu pour qu’il m’arrive tel ou tel malheur ?’ Qu’avons-nous fait au bon Dieu pour être ainsi exposés au coronavirus ? Le Christ refuse cette association : ‘ni lui, ni ses parents n’ont péché’. Il est envoyé pour révéler que Dieu se manifeste en chacun quelle que soit son histoire, sa vie. Nous avons à reconnaître l’œuvre de Dieu dans la guérison de cet aveugle  de naissance, dans les beaux gestes d’humanité dont nous sommes témoins.

Pour les pharisiens, Jésus est hors-la loi. Il ne correspond pas à ce qu’ils savent de Dieu et à ce qu’ils attendent du Messie, de son Envoyé. ‘Nous ne savons pas d’où il est’ disent-ils à l’aveugle guéri en le jetant hors de la synagogue. Il n’y a pas plus aveugle que celui qui refuse de voir. Or, Dieu ne regarde pas comme les hommes : le récit du choix de David nous le montre. Ce que nous croyons connaitre de Dieu peut aussi nous aveugler.

C’est pourquoi, en ces jours de confinement, l’apôtre Paul nous invite à vivre en enfants de lumière. ‘Si tu fais disparaitre de chez toi le joug, le geste accusateur, la parole malfaisante, si tu donnes à celui qui a faim ce que toi, tu désires, et si tu combles les désirs du malheureux, ta lumière se lèvera dans les ténèbres et ton obscurité sera la lumière de midi.’ – Is 58, 9-10 –  (Un chant liturgique reprend ces mots du prophète : Ta nuit sera lumière de midi – G 212)

Seigneur nous te rendons grâce de nous donner Jésus ton Envoyer : il vient nous libérer de nos ténèbres. Augmente notre foi afin que nous puissions mieux vivre en enfants de lumière pour ta plus grande gloire. 

 

 

P. Bruno Mary, curé de la paroisse St Eubert, ce 21 mars 2020

 

 

 

 

 

 

l’homélie du 3e dimanche de Carême

3e dim Carême (A)

‘Donne-moi à boire’

 

‘Donne-moi à boire’ demande Jésus à la samaritaine

Donne-nous à boire, crie le peuple assoiffé au désert. Le manque d’eau, la soif, l’inquiète et lui fait douter de la fidélité de Dieu à sa promesse. La soif réveille la violence et le peuple crie vers Moïse.

N’avons-nous pas soif nous aussi ? Parfois soif d’eau mais aussi soif de reconnaissance, d’amitié, d’amour…

‘Donne-moi à boire’. La demande de Jésus rejoint notre demande. Cette demande pleine d’humanité et d’humilité de Jésus, interpelle la samaritaine et permet la rencontre. Elle aussi vient chercher de l’eau. Elle le fait ‘en cachette’, en plein midi, à l’heure où il ne devrait y avoir personne, car elle a mauvaise réputation. Elle a bu de l’eau frelatée dont son histoire affective et personnelle est le signe. Jésus respecte cette femme et ne profite pas de la situation. Il suscite sa curiosité au bon sens de ce terme : ‘si tu savais le don de Dieu… il t’aurait donné de l’eau vive’.

    Quelle est cette ‘eau vive’ ? C’est l’eau jaillissant du rocher, au désert. Cette eau annonce une autre eau : celle qui jaillira du côté du Christ en croix. Cette eau vient de Celui qui se donne jusqu’au bout par amour pour tout homme. C’est cette eau dans laquelle nous avons été plongés lors de notre baptême.

    Elle est l’eau de la miséricorde. Elle purifie. Peu à peu la clarté entre chez cette femme : elle confie à Jésus ses échecs et ses difficultés conjugales; elle lui confie son désir de vérité, de rencontrer et d’adorer Dieu en vérité. Elle s’ouvre au salut donné par Jésus et reçoit de lui cette révélation : moi, qui te parle, je suis le Messie. La femme peut alors laisser sa cruche et peut retrouver ses proches afin de témoigner de cette rencontre qui a changé sa vie.

    ‘Donne-moi à boire’. Cette demande de Jésus en annonce une autre. Sur la croix, il dira : ‘j’ai soif’’. Jésus a soif. La préface de ce dimanche nous dit un peu qu’elle est cette soif : ‘il avait un si grand désir d’éveiller la foi dans le coeur’ de la Samaritaine, dans notre coeur et dans celui de nos frères les hommes.

    St Paul nous rappelle que nous devenons justes par la foi et la fin du passage nous met devant l’immensité de l’amour de Dieu : ‘accepter de mourir pour un homme juste… le Christest mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs.’

    ‘Aujourd’hui, ne fermons pas notre coeur, mais écoutons la voix du Seigneur’. Que sa parole nourrisse notre espérance et nous aide à vivre ces jours de jeûne eucharistique dans la prière et le partage, le soin de nos frères et sœurs les plus fragiles. 

15 mars  2020 – P. Bruno Mary

 

 

 

 

 

 

 

La résurrection de Lazare –  5e dimanche de Carême (A)